Samedi 15 décembre la déléguée nationale SGP police, branche police du syndicat Force Ouvrière annonçait sur BFM TV un possible « Acte 1 des forces de l’ordre ». Aussitôt le syndicat de police Alliance lui emboitait le pas, en annonçant à son tour un « Acte 1, journée noire pour la police » pour mercredi 19 décembre et un mouvement de « Gilets Bleus ». Et les médias de reprendre à l’unisson sans manquer de relever l’utilisation des codes des Gilets Jaunes dont la mobilisation se décline en actes, tous les samedis, depuis un mois.

Depuis, beaucoup se questionnent, à juste titre, sur une hypothétique « convergence des luttes » et un éventuel ralliement des forces de l’ordre aux mobilisations et revendications des Gilets Jaunes.

A GJ Info, nous avons voulu creuser un peu pour savoir si ce ralliement était à l’ordre du jour ou s’il s’agissait d’une opération de communication totalement opportuniste, en mode «  récupération » de certains codes des Gilets Jaunes.

Le rôle des forces de l’ordre, une mission « au service du public » ?

Depuis le début des mobilisations, le 17 novembre 2018, la répression brutale des Gilets Jaunes n’a fait qu’augmenter, au fur et à mesure que le gouvernement prenait la mesure de la vague contestataire qui agite le pays.

Des centaines de témoignages, filmés, documentés, des dizaines de plaintes dûment enregistrées, font état des innombrables violences et brutalités policières et démontrent clairement qu’à ce jour, et depuis le début de la mobilisation, les forces de l’ordre ne sont pas du côté des Gilets Jaunes.

Au prétexte de quelques « casseurs » qui ont tenté de transformer des mobilisations pacifiques en défouloir, les forces de l’ordre et le gouvernement tentent depuis un mois, avec la complicité d’une grande partie des médias, de justifier le matraquage et le gazage indifférenciés, les tirs tendus de flashball (strictement interdits), les grenades assourdissantes qui explosent sur les manifestants, les yeux crevés, les mains arrachées, les blessés par dizaines et ces brassées d’interpellations et de gardes-à-vue.

Pourtant, les forces de l’ordre sont formées pour identifier « les casseurs », pour intervenir dans les situations tendues et les empêcher de saccager l’espace public. Elles sont formées pour les interpeller et les retirer des manifestations. Mais par dessus tout, elles sont tenues d’assurer la protection des gens, d’éviter qu’ils ne soient blessés ou mis en danger dans l’espace public. C’est en cela que consiste leur mission de « maintient de l’ordre ».

Il existe un code de déontologie, commun à la police et à la gendarmerie depuis 2014, qui définit leurs obligations et leur cadre d’action. Ce code énonce clairement que la probité, le discernement et l’impartialité doivent guider leurs actions, et que « placé au service du public, le fonctionnaire de police se comporte envers celui-ci d’une manière exemplaire ».

Payés par l’état -donc nos impôts- pour assurer le maintient de « l’ordre », force est de constater, qu’au fil des semaines, ils assument cette tâche en se rendant coupables de débordements qui n’ont rien à voir avec leur mission de service public.

Faisant cela, ils ne servent évidemment pas le public mais sont, pour la plupart, totalement et brutalement, au service d’un pouvoir aux abois qui se verra bientôt contraint de les caresser dans le sens du poil s’il ne veut pas être lâché par ses plus « fidèles serviteurs ».

Les forces de l’ordre en Gilets Jaunes, rêve ou réalité ?

On entend beaucoup parler du devoir de réserve et des interdictions qui sont faites au forces de l’ordre, pour justifier le fait qu’ils ne pourraient pas légalement rejoindre les Gilets Jaunes. C’est en partie inexact.

Certes, les fonctionnaires de police n’ont pas le droit de faire grève, de manifester leurs opinions politiques et restent tributaires de certaines autres interdictions, mais uniquement dans la mesure où ils se définissent, dans le cadre de ces actions, en tant que fonctionnaires de police. C’est à dire qu’ils ne le peuvent pas, tant qu’ils portent leur tenues ou s’ils mentionnent publiquement leurs statuts de fonctionnaires de police. Mais rien ne les empêche de le faire lorsqu’ils sont en civil.

Aussi, il n’est pas inutile de le dire ici, les agents publics des forces de l’ordre ne sont pas non plus exonérées de leurs consciences personnelles, comme tout être humain et à ce titre, ils restent donc libres de refuser d’exécuter des ordres indignes, de refuser d’assurer leur mission avec brutalité. Ils pourraint, par exemple, se déclarer en arrêt maladie afin de se protéger des sanctions de leurs supérieurs.

En dehors de leur temps de travail, s’ils sont en civil et sans mentionner le fait qu’ils font partie des forces de l’ordre, ils sont totalement libres de rejoindre les Gilets Jaunes dans toutes les actions légales qui sont menées partout en France. Et il y a fort à parier que s’ils le faisaient, la donne serait totalement différente.

Des revendications communes entre les forces de l’ordre et les Gilets Jaunes ?

Pour savoir s’il est possible que les forces de l’ordre convergent vers les Gilets Jaunes, il n’est pas inutile de regarder à la loupe quelles sont leurs demandes, comparées aux nôtres.

GJ Info vous propose un tableau récapitulatif des principales revendications (liste non exhaustive) des forces de l’ordre et de celles des Gilets Jaunes afin de voir s’il existent des positions communes.

Au vu de ce tableau, il est impossible de ne pas voir qu’il y a, d’un côté, des revendications purement sectorielles, dont celle d’avoir plus de CRS et donc encore plus de répression dans les mobilisations, toutes choses qui n’ont pas grand chose à voir avec l’amélioration des conditions de vie de la population et de l’autre des revendications beaucoup plus larges à destination d’un pays tout entier.

Ajoutons encore que les « Gilets bleus » et cet Acte 1 (brandi comme une menace de possibles actes à suivre) apparaissent au moment où l’Assemblée nationale s’apprête à  voter les crédits 2019 pour les forces de sécurité et qu’une baisse de près de 60 millions d’euros de ces crédits est à l’ordre du jour.

Rappelons-nous ici de l’opportun dépôt de préavis grève des routiers, porté par les syndicats, CGT Transports et Force Ouvrière. Préavis aussitôt retiré après avoir obtenu gain de cause et cela, sans même avoir mobilisé le moindre camion.

Notons aussi que ces demandes, émanant de deux syndicats de police, interviennent  « judicieusement » dans un contexte extrême tendu de mobilisation des Gilets Jaunes dans tout le pays. Contexte particulièrement délicat pour un pouvoir remis en question et dans lequel le gouvernement ne peut pas se permettre de mécontenter ceux qui exécutent ses ordres.

Au vu de tout cela, il semble plus facile de se rendre compte q’il y a bien peu de chance que les forces de l’ordre convergent avec les Gilets Jaunes et il n’est pas interdit de penser et de dire que ces syndicats utilisent le mouvement des Gilets Jaunes à leur propre compte et pour le bénéfice unique des forces de l’ordre.

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