Semaines après semaines, actes après actes, la répression qui s’abat sur les Gilets jaunes s’intensifie.

Oeils crevés, mains arrachées, os brisés, plaies ouvertes, contusions multiples, arrestations abusives, gardes à vues, peines de prison, le bilan est lourd du côté des Gilets Jaunes.

Rarement un mouvement social aura été aussi sauvagement réprimé.

Aux raisons légitimes de la colère du peuple, s’ajoutent désormais la rage de ces vies ravagées inutilement par un pouvoir aux abois.

Mais les copains et copines qui enfilent jours après jour le gilet ne sont pas les seuls à subir cette répression.

Des médias indépendants menacés

Les journalistes intègres -il y en a- qui tentent de couvrir nos mobilisations sont eux-aussi visés. Certains sont blessés, empêchés de faire leur travail, les tentatives d’intimidation sont légions dans leurs rangs aussi.

« C’est de plus en plus difficile de travailler dans ces conditions. »

Taha Bouhafs, journaliste pour Là bas si j’y suis, en pleine interview d’un Gilet Jaune, assiste impuissant à l’arrestation de son témoin, sans raison apparente.

Contrôlé lui-même, la police tente de l’écarter, alors qu’il filme légalement un manifestant. Il témoigne :

Je couvrais la manifestation parisienne « nuit jaune » place de la république, une ambiance tendue, la place nassée, des policiers agressifs.

J’ai pris le témoignage d’un manifestant, qui s’est fait interpeller pendant l’interview, sans raison apparente, les policiers ont tenté de m’empêcher de filmer et ont embarqué le manifestant. A noter que plusieurs fois dans la soirée j’ai été empêché de faire mon travail de journaliste, le droit à l’information est sans cesse bafoué par des policiers qui se croient tout permis.

C’est de plus en plus difficile de travailler dans ces conditions.

GJ info : Diriez vous que les policiers tentent délibérément d’empêcher les journalistes de travailler ?

Oui dans certains cas c’est évident. Plusieurs d’entre nous sont délibérément pris pour cible, parce que journalistes. J’avais un casque presse ce soir, j’étais clairement identifié.

Suite à cette arrestation, Taha nous signale que Mathieu, l’homme interpelé, est finalement sorti de 24 h de garde à vue avec un rappel à la loi pour avoir ramassé la douille d’une grenade lacrymogène (vide donc) lancée par les « forces de l’ordre » (interview à voir à partir de mardi 29 janvier 2019 sur http://la-bas.org) !

Un droit à l’information constitutionnalisé

Rappelons-le, les citoyens, dont les journalistes, exercent bien un droit lorsqu’ils filment et diffusent des manifestations.

L’article 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen fait même du droit de l’information, un droit constitutionnel.

Il est de même, tout à fait légal de filmer et diffuser des images de policiers dans l’exercice de leur fonctions (arrêts de la Cour de cassation du 25 janvier 2000 et du 20 février 2001), à de rares exceptions près qui sont strictement codifiées.

La circulaire ministérielle du 23 décembre 2008 est très claire à ce propos : « Les policiers ne bénéficient pas de protection particulière en matière de droit à l’image, hormis lorsqu’ils sont affectés dans les services d’intervention, de lutte anti-terroriste et de contre-espionnage spécifiquement énumérés dans un arrêté ministériel [comme le GIGN, le GIPN, la BRI …] et hormis les cas de publications d’une diffamation ou d’une injure à raison de leurs fonction ou de leur qualité. ».

« La liberté d’information, qu’elle soit le fait de la presse ou d’un simple particulier, prime le droit au respect de l’image ou de la vie privée dès lors que cette liberté n’est pas dévoyée par une atteinte à la dignité de la personne ou au secret de l’enquête ou de l’instruction ».

« Les policiers ne peuvent donc s’opposer à l’enregistrement de leur image lorsqu’ils effectuent une mission. Il est exclu d’interpeller pour cette raison la personne effectuant l’enregistrement, de lui retirer son matériel ou de détruire l’enregistrement ou son support. Ils ne peuvent par ailleurs s’opposer à l’éventuelle diffusion de cet enregistrement que dans certaines circonstances particulières : une telle action exposerait son auteur à des poursuites disciplinaires et judiciaires ».

Et le mémo interne du 25 avril 2017, adressé à l’ensemble des policiers de France, ne l’est pas moins : « Je ne peux pas interdire qu’on me filme sur la voie publique  […] Je dois accepter de travailler en étant filmé sur la voie publique. M’y opposer revient à m’exposer pénalement et/ou disciplinairement. »

Alors, disons-le encore une fois, et répétons-le à l’envi, nous n’allons pas renoncer à notre droit d’informer et d’être informés. Pas plus que nous ne renoncerons à notre droit de manifester, jusqu’à ce que nous obtenions gain de cause.

Soyons solidaires de celles et ceux qui tentent, objectivement et honnêtement d’exercer leurs métiers de journalistes, de JRI, de documentaristes, indépendamment des lobbys financiers, industriels et politiques.

Ils sont sur le terrain comme nous y sommes nous-mêmes. Ils subissent les mêmes brimades et souvent, la même répression. Ils ne sont pas et ne seront jamais de la caste des privilégiés qui nous désinforment en toute connaissance de causes, et d’effets. Et il y a fort à parier que sans eux, cette désinformation serait plus criante encore.

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