Avec deux copains de mon groupe de Châteauroux, nous sommes allés à Paris le samedi 2 mars afin de participer à l’acte XVI des Gilets Jaunes. Nous étions place de l’étoile vers 11h30 lorsque nous décidons d’aller chercher un sandwich. Nous sommes donc descendus sur les champs Elysées puis avons emprunté des rues adjacentes sur conseil de mon GPS téléphonique. Dès le départ, nous constatons une présence policière démesurée, il y avait des barrages de flics à chaque rue d’environ 15-20 policiers.

Nous subissons un premier contrôle à peine 10 minutes après avoir quitté la place de l’Etoile par un groupe de 5-6 gendarmes. Ils contrôlent notre identité qu’ils notent sur un calepin, puis effectuent une palpation et une fouille des sacs. J’avais, en vue de me protéger des gaz lacrymogènes, un masque à gaz dans mon sac qu’ils me confisquent. Suite à ce contrôle, nous reprenons notre itinéraire.

Cinq minutes plus tard, nous sommes de nouveau arrêtés par un groupe de gendarmes équivalent au premier, à peine à deux rues environ du premier contrôle. Nous leur signifions immédiatement le premier contrôle quelques minutes plus tôt. Ils nous répondent qu’ils ne sont pas censés être au courant. Nous subissons donc à nouveau un contrôle d’identité relevée sur un calepin, une palpation et un contrôle des sacs. 

Nous reprenons notre chemin, nous avons le temps de traverser deux rues avant qu’un groupe de policiers nous arrête. Nous repartons donc pour un troisième contrôle en l’espace peut etre de quinze minutes. 

L’agacement se fait sentir, nous leur signifions que nous ne sommes plus en démocratie mais bien en dictature au vue de la répression policière excessive que nous subissons. Nous ne les insultons pas, ne leur manquons pas de respect, mais oui nous sommes énervés par tant de contrôles successifs, une impression de ne pas pouvoir marcher librement dans une rue en France… Nous n’avons pas d’autre choix que nous prêter une nouvelle fois à une relève de notre identité, une nouvelle palpation et un nouveau contrôle des sacs. 

Dans mon sac, j’avais mes gants de scooter, des gants coqués, et j’avais une casquette de chantier accrochée à mon sac. Ces deux éléments n’avaient pas posé de problèmes lors des deux premiers contrôles. 

Ils me demandent pourquoi j’ai amené ces deux objets en manifestation. 

Je leur explique que le matin même j’ai pris mon scooter pour me rendre à la gare et que le port des gants est obligatoire. La casquette de chantier est simplement un de mes outils de travail pour ma formation en cours. 

La casquette pouvait me servir d’équipement de protection en cas de tir de LBD (risque courant en manif de nos jours).

Puis, ils me disent que non ce n’est pas pour ça mais que je suis venu pour « la castagne, pour casser du CRS ». 

Je leur dit clairement que je n’avais aucune intention de commettre des violences et leur ré explique les raisons du pourquoi du comment. 

Ils me confisquent les gants et la casquette et procède dès lors à mon interpellation sans énoncer plus de motifs que les paroles déjà dites. 

Ils me somment de les suivre. 

Mes deux copains s’interposent et se révoltent verbalement mais rien n’y fait. Ils appellent des collègues en renfort et me voilà encerclé par quinze flic pour le seul crime d’avoir sur moi des gants et une casquette de chantier ! 

Ils ne me menottent pas mais m’amènent à un Scenic banalisé où j’attends environ une heure et quart dans qu’un fourgon vienne me chercher. A l’intérieur du fourgon, il y a un autre Gilet Jaune interpelé car il avait sur lui une bouteille de vinaigre a des fins décontaminantes, mais cette possession a elle aussi été interprétée différemment par les forces de l’ordre… 

Les routes étant toute bouchées, ils ne pouvaient pas nous amener au commissariat du 8eme ils nous ont donc amenés à celui du treizième. 

A mon arrivée, au commissariat à 13h15 les policiers sur place m’annoncent que je suis placé en garde à vue. Je décline mon identité puis on me place en cellule. 

Crédit photo : Image parFree-Photos de Pixabay

On m’auditionne aux alentours de quinze heures, c’est à ce moment là qu’on me signifie ma GAV pour le motif suivant : possession de gants et d’une casquette en vue de commettre des dégradations en groupe organisé. 

Je suis auditionné par deux femmes OPJ. Une d’elle me lit mes droits et me propose de prendre un avocat mais me précise que ce sera à mes frais. Etant dans une situation financière précaire,je lui réponds que je ne suis pas en mesure de pouvoir payer un avocat. 

L’audition se poursuit donc sans. 

Elles me demandent les raisons de ma présence ici, je leur explique que j’ai été arrêté car j’avais en ma possession des gants de scooter et une casquette de chantier. 

Je leur explique également pourquoi j’avais ces objets là lors de mon interpellation à savoir ce que j’avais déjà dit à l’unité qui a procédé à mon arrestation. Je leur précise, bien qu’elles ne me pose pas la question, que je n’avais aucune intention de commettre des violences.

Elles me demandent ensuite pourquoi je suis Gilet Jaune. 

Je leur explique que je suis chômeur en formation non rémunérée, que ma femme est au RSA, que c’est la misère. Je leur dis que je suis Gilet Jaune car il y a trop d’injustices économiques, sociales et fiscales. Je leur dis aussi qu’une telle répression policière n’est pas acceptable. 

Elles me demandent si je fais partie d’un parti politique. Je leur dis que non, je ne suis ni extreme droite ni extreme gauche.

Elles me confient que pour elles aussi les fins de mois sont difficiles et qu’elles me comprennent. Elles râlent car elles ont « autre chose à faire » que d’auditionner des GAV tous les week ends de manif, elles obéissent aux ordres mais ça leur fait perdre du temps pour des choses plus importantes.

Je signe ma déposition, puis un homme en blouse blanche vient me prendre en photo, relever mon ADN et mes empreintes. Je suis ensuite reconduit en cellule.

A 19h30, un policier m’annonce ma libération sans poursuite. Cependant, avant mon départ, ils souhaitent procéder à la fouille de mon téléphone afin de vérifier que je n’avais émis aucun appel à la haine envers la Police. Ils me demandent donc d’allumer mon téléphone, ne pouvant pas rester plus de temps en GAV, j’ai accédé à leur demande. J’ai allumé mon téléphone et il a regardé mes photos, mes appels, mes sms, mes applications de messagerie puis a relevé l’IMEI de mon téléphone.

Ils m’ont ensuite restitué mes gants et ma casquette de chantier, je leur avais demandé car je n’ai pas les moyens financiers d’en racheter une et elle est essentielle dans le cadre de mon travail.

Quel a été ton ressenti ? As tu eu peur ?

Je n’ai pas eu peur mais j’ai eu une sensation d’oppression. On fait face à une répression massive. Je n’avais rien à ne me reprocher, rien qui justifiait un placement en GAV. J’avais un outil de protection mais aucune arme… Samedi ils étaient à chaque coin de rue, c’était des contrôles en masse et à la clé une arrestation arbitraire !

Je pense donc que leur stratégie est de mettre un maximum de GJ en GAV pour que l’on soit moins dans les rues quelque soit le motif qu’il soit légitime ou pas, qu’il viole des libertés individuelles ou pas. C’est de l’abus d’autorité pur et simple !

Connaissais tu tes droits dont celui à garder le silence ?

Oui, mais je n’avais rien à me reprocher, et j’avais le désir de mettre fin à la GAV au plus vite. 

Savais tu que sous conditions de ressource on peut bénéficier de l’aide juridictionnelle et donc ne pas engendrer de frais d’avocat ?

Oui, j’en avais déjà entendu parler.

Qu’as tu ressenti lors de la fouille de ton téléphone ?

Ca m’a vraiment énervé pour le téléphone, ils cherchaient par tous les moyens des preuves d’incitation à la violence envers les forces de l’ordre afin de m’incarcérer.

As tu eu peur des conséquences possibles ?

Pas vraiment,  j’ai un copain qui monte souvent en manif à Paris. Il a été 4 fois placé en GAV pour rien. Je savais qu’à chaque fois il était sorti en début de soirée. Je savais donc, n’ayant rien à me reprocher, que je sortirai en début de soirée. 

Qu’aimerais tu ajouter ?

Depuis le 17 Novembre, début de notre mouvement, j’ai découvert des personnes géniales et une solidarité hors norme. Je veux souligner cet aspect solidaire. Par exemple, les deux copains qui étaient avec moi lors de mon arrestation, se sont rendus au commissariat où j’étais, les flics leur ont dit que j’étais pas là. Ils ont insisté, ont attendu, mais n’avait pas d’autre choix que de prendre le dernier train pour Chatearoux ne sachant pas si j’allais être relâché ou pas. Ils voulaient même me laisser de l’argent pour que je puisse racheter un billet pour prendre un autre train ! 

Une autre partie du groupe de Chateauroux était venu à deux voitures, ils m’ont attendu je les ai rejoins à République. Nous avons pris le temps de manger ensemble et j’ai pu leur raconter mes déboires avant de reprendre la route vers 23h.

Ma femme, lorsqu’elle a appris mon arrestation a paniqué, ne savait pas quoi faire, elle a prévenu beaucoup de personnes. Ces personnes l’ont toutes rassuré et soutenu, c’est ça la solidarité, l’entraide et l’amitié des Gilets Jaunes.

Merci à toutes ces personnes 

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