Aujourd’hui, en France, on part en manifestation comme on part au combat : on prépare des protections que l’on cache car on nous les saisit, on prépare de quoi à faire des premiers soins et ça aussi on doit le cacher. On réfléchit à toutes les possibilités, à ne rien oublier. On est stressé la veille à ne pas savoir à quelle « sauce on sera mangés ».

Je n’aurais jamais imaginé vivre cela un jour dans mon pays. Nous ne sommes pas libres de manifester ce qui pourtant est un droit de l’Homme…

Et pourtant…

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Nous sommes arrivés sur les Champs Elysées en fin de matinée, puis nous sommes partis dans une rue adjacente avec un cortège spontané. Nous avons rapidement été nassés puis gazés. Des manifestants n’avaient aucune protection, plusieurs personnes ont fait des malaises, sans que cela ne ne perturbe la pluie incessante de lacrymos.

Nous avons été libérés de la nasse après environ une heure, je ne saurais être précise sur le temps exact… dans ces moments là on en perd la notion. 

Il y a eu de la violence ? Moi j’y ai vu l’expression d’une colère passée sous silence depuis des mois, celle d’un peuple ignoré et méprisé, d’une médiatisation corrompue qui divise les luttes en tentant de les opposer. Il y aurait, d’un côté les « bons marcheurs pour le climat » et de l’autre « les mauvais Gilets Jaunes casseurs ». 

Nous vivons un moment historique celui d’une révolte populaire.

J’ai fait les trois manifs, le matin sur les champs, puis la marche pour le climat où nous ne nous sommes pas sentis à notre place. En effet nous avions le sentiment d’être dans une réalité parallèle par rapport à ce qui se jouait à quelques rues de là… Nous sortions de scènes de guerre, et nous étions en total décalage avec nos masques sous le cou, nos lunettes sur la tête ! Et, précision utile, il n’y avait à la manif climat, aucun policier, aucune répression. 


Nous avons alors rejoint la marche contre les violences policières, très dynamique, avec des slogans offensifs, et menée par différents acteurs de la lutte, tels que le Collectif Adama, le Collectif Justice pour Gaye et tant d’autres… 

Les violences policières éclatent au grand jour, avec notre mouvement, car aujourd’hui, elles touchent tout le monde. Elles choquent, questionnent, indignent, mais pour les personnes vivant dans les quartiers populaires ces violences sont quotidiennes, habituelles et systématiquement passées sous silence. 

Les collectifs que nous avons accompagné samedi luttent contre ces violences depuis des années : contre cette répression abusive qui blesse, mutile et tue. Ils luttent également pour que justice soit rendue, et que les coupables soient punis à la hauteur de leurs crimes. Les coupables ne doivent en aucun cas être exempt de responsabilité et de sanctions… 

Suite à cela, forcément, nous avons eu envie de retourner sur les Champs Elysées, qui était samedi au cœur de l’action. 

Dans l’après midi l’avenue avait été animée par une énorme clameur    « Révolution Révolution« , expression de la ferveur populaire, cette envie d’aller chercher notre dû. L’embrasement d’une révolte dans un état de non droit. 

Nous sommes sortis des Champs au moment où des dizaines de camion avaient afflué vers la place de l’Etoile pour « disperser » les manifestants. 

Nous avons essayé de rejoindre un cortège de GJ qui était parti en manifestation spontanée, et là, sous nos yeux, une scène surréaliste s’est déroulée.

Un jeune arrivait en courant, poursuivi par un policier en moto. Il s’est rapidement retrouvé encerclé d’une dizaine de policiers qui s’acharnaient sur lui à coups de matraque. Il a été frappé à 7 reprises, dont certains coups portés alors qu’il était au sol. 

Devant nos protestations ils l’ont relevé, il peinait à tenir debout… et ils l’ont amené à l’abri des regards dans une rue adjacente en formant un mur devant pour que personne puisse accéder.

Nous ignorons hélas ce qui a pu se passer ensuite… La Bac encore et encore… 

L’Etat veut éteindre notre mouvement et considère notre colère illégitime.

Il ne la prend même pas en compte.

Il instrumentalise le dessin d’un enfant afin de nous traiter d’assassins.

Y a t il eu un seul mort à déplorer samedi causé par les manifestants ?

Non, il n’y en a pas eu, parce que nous ne sommes pas des assassins !

Par contre, qui dirige un Etat ultra libéral où une minorité est privilégiée au détriment des autres ? Ces autres qui n’ont plus de quoi à se payer à manger, qui les laisse mourir de faim ? Ces autres, qui vivent dans la rue par tout les temps, qui les laisse mourir de froid ? Ces autres, qui n’ont plus d’hôpitaux à proximité, qui les laisse mourir de maladies curables ? 

Entre eux et nous, qui sont les assassins ? 

Face à cela, il y a nous, les gens, il y a la colère de plus en plus forte de n’être pas entendus, d’être tabassés, d’être humiliés, d’être mutilés. Et désormais, nous refusons d’être triés entre bons et mauvais manifestants.

Quand certains s’en prennent aux symboles de ce capitalisme meurtrier, ils luttent, il refusent la soumission à la loi de l’argent, il font corps avec les autres.

Parce qu’il n’y a pas les Gilets Jaunes d’un côté et le Black Block de l’autre. Il y a des personnes révoltées qui font le choix du mode de lutte qui le paraît le plus pertinent.

Le Black Bloc présent samedi a été salué par la foule et nous avons lutté en Jaune et Noir, unis et indivisibles.

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Samedi, en allant dans la rue manifester, nous avons pris des risques. Pour notre intégrité physique, tout d’abord, mais aussi des risques judiciaires et, à ce propos, des centaines de manifestants ont encore été placés en garde à vue…

Hier de nouvelles mesures drastiques ont été annoncées par le gouvernement afin de renforcer la politique de « maintien de l’ordre », et le premier ministre regrettait ouvertement « des consignes inappropriées » pour réduire l’usage du LBD. 

Jusqu’où cela va-t’il aller ?

Face à un Etat abusif qui utilise la répression face à des personnes désarmées pour les museler, nous n’avons pas d’autre choix que de continuer la lutte.

Pour recouvrer nos libertés, 

Pour défendre nos revendications de justice dans tous les domaines et pour tous. 

Nous avons tous le devoir de manifester.

« La liberté se prend comme se donne la vie, dans le bruit. » SeanHart

Pour finir cette journée de lutte, nous avons partagé un repas solidaire avec les postiers du 92 en grève illimitée depuis maintenant un an suite au licenciement abusif de Gaël Quirante. L’ambiance y était chaleureuse et ouverte au débat. Ces repas ont lieu chaque samedi et sont suivis d’une soirée karaoké, les fonds récoltés servent à soutenir la grève. Si vous souhaitez plus d’informations ou simplement apporter votre soutien vous pouvez consulter la page facebook suivante : https://www.facebook.com/nonaulicenciementdegaelquirante/

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