Une équipe de GJ info a eu la chance d’être conviée à assister à la première Assemblée des Assemblées (AG des AG) à Commercy.

Après une nuit courte et un long voyage, nous voilà dans cette charmante ville où nous sommes accueillies, dès la sortie de la gare, par le groupe de réception et de co-voiturage.

Parfait, en quelques instants, nous voilà embarquées dans cette belle aventure humaine !

Avant d’arriver sur le lieu où doit se tenir l’AG des AG, notre hôte se transforme en guide le temps d’une petite visite qui soulève les problématiques actuelles du secteur et notamment l’ouverture d’un camp d’entraînement pour la prise en main des chars militaires français vendus à l’étranger. Ce bâtiment, c’est un bloc gris, carré, qui fait tâche au milieu de l’ancienne base militaire fermée aux bâtiments classés…

Nous atteignons ensuite le lieu de l’AG où la bienveillance, l’entraide et la chaleur humaine sont les mots d’ordre. Nous passons la matinée à installer le matériel, petit à petit la salle se remplit. En début d’après-midi, après un repas chaud et excellent, l’Assemblée débute.

Il y avait dans l’air une impression de moment historique : la reprise du pouvoir par le peuple dans une ambiance profondément humaniste.

C’est cela que nous avons vécu à Commercy ce week-end, un véritable forum, un débat celui du peuple.

« Le peuple n’a pas de pouvoir on est tous là pour ça. »

Une réflexion qui prête une attention particulière à s’emparer de la démocratie totale, celle dont on a toujours rêvé.

Le pouvoir par le peuple

L’assemblée débute par un tour de présentation des 75 délégations présentes. C’est un échange d’expériences, c’est la découverte d’initiatives et de manières de faire différentes. C’est l’hétérogénéité du mouvement : une réalité urbaine pour certains, rurale pour d’autres.

« Nous, nos ronds-points c’est les bouches de métro. »

Puis, un temps de débat s’ouvre autour des revendications, des suites et perspectives du mouvement et de l’organisation démocratique à toutes les échelles.

Des questionnements émergent : Comment faire pour fédérer ? Comment faire pour organiser la lutte ?

Notre lutte est celle de la reconquête du pouvoir souverain du peuple, celui qui lui est soustrait depuis trop longtemps. Et ce pouvoir ne doit plus être centralisé, laissé aux mains de quelques prétendus experts (politiques ou économiques).

Pour cela, tout doit partir de la base (local), pour ensuite se coordonner à d’autres niveaux (départemental, régional, national). Les informations doivent monter de la base et y redescendre en permettant la discussion et le vote. C’est ce véritable processus d’aller-retours entre les différentes échelles qui garantit des assemblées générales souveraines.

Valoriser et placer l’échelon local au centre du processus décisionnel permet d’impliquer le plus grand nombre. D’abord sur des problématiques concrètes et quotidiennes, celles qui nous touchent en premier lieu... Celles qui, si elles restent sans réponse créent de la précarité et entretiennent l’individualisme (difficile de penser aux autres si on est préoccupé par son devenir immédiat). Une fois cela en place, il est plus aisé à chacun d’envisager des problématiques globales. Et chacun devient ainsi, peu à peu, un acteur capable d’envisager l’intérêt général.

Dans cette dynamique, les AG locales restent décisionnaires, l’objectif : une démocratie totale et horizontale.

La légitimité de l’Assemblée sur la question des revendications est débattue car peu de groupes ont pu faire parvenir une synthèse de leurs revendications et certains mandats ont été délivrés sans pouvoir de vote. Dans un monde où nos représentants sont illégitimes, il est essentiel de pouvoir affirmer la nôtre. Un soin particulier y est porté, à travers une organisation équitable du temps de parole, des délégués temporaires et mandatés et une intention ferme de laisser une base locale décisionnelle.

Il en ressort que les revendications ne seront pas votées par cette AG mais travaillées en AG locales et qu’à Commercy, ce week-end, nous devons produire des propositions pour ces AG. Un appel rappelant les fondements de notre mouvement sera produit puis, des groupes  thématiques, le lendemain, travailleront autour de sept points (développés dans notre synthèse exhaustive à paraître) afin d’offrir une base de travail aux AG locales.

En ce sens, l’Assemblée des Assemblées a été avant tout constructive, mais ne s’est pas auto proclamée décisionnelle, elle a posé la première pierre du « construire ensemble. »

Le peuple en colère

Cette assemblée c’est aussi celle de l’indignation. Durant les temps de présentation et de débats, elle apparaît pour dénoncer la dictature déguisée en démocratie à laquelle nous faisons face.

Elle dénonce la répression totalement injustifiée : celle d’une violence policière qui laisse des milliers d’entre nous blessés définitivement, celle qui brise des vies.

Elle dénonce une justice de classe qui condamne sans appel les Gilets Jaunes. Un seul mot d’ordre : AMNISTIE.

Elle dénonce une violence économique et sociale : celles des inégalités, celle de l’impossibilité d’une vie digne pour tous.

Elle dénonce la violence institutionnelle notamment du secteur public qui maltraite employés et usagers.

Elle dénonce une violence quotidienne, devenue ordinaire.

Elle dénonce l’aspiration à une justice urgente dans tous ces domaines.

« Les hommes doivent récupérer le fruit total de leur travail. Qui produit la richesse ? Ce n’est pas le pouvoir mais bien le peuple. »

Cette colère n’est pas sanguine mais bien saine, d’elle émerge cette envie de révolte et de lutte pour un monde plus juste.

Les prémices d’une justice populaire

Dans cette assemblée, il y a une réalité d’injustice vécue par tous, et le changement s’impose comme une obligation. La volonté d’abandon de l’individualisme pour la solidarité, une soif de retour aux valeurs profondément humanistes se ressentent partout dans cette salle. C’est un peu vivre un rêve éveillé.

Cette assemblée, c’est celle qui se tourne vers l’autre, qui tend la main pour s’unir dans la lutte : pour une justice économique et sociale, pour une égalité, pour le respect des Droits de l’Homme, pour une vie digne pour tous.

C’est celle qui se lève contre la discrimination quelle qu’elle soit et contre la présence de groupuscules fascistes dans nos cortèges de manifestations.

C’est celle qui prête une attention particulière à n’oublier personne, surtout pas ceux dont on parle peu ou pas. C’est celle du peuple !

Le mouvement se veut inclusif afin d’arriver à une véritable convergence de TOUTES les luttes.

« Le mouvement du peuple, pour le peuple et par le peuple. »

Rapidement, la question de l’identité du mouvement se pose lors des débats, qui sommes-nous ?

Tous Gilets Jaunes

Si nous voulons nous élargir il est nécessaire de répondre à cette question à travers la définition de valeurs fondatrices et à travers l’émergence de lignes directrices sur lesquelles viendront se greffer les revendications des AG locales. L’appel de Commercy sera la réponse à cette problématique essentielle, afin de permettre l’ouverture du mouvement. C’est une base solide pour aller à la rencontre de l’autre qui n’est pas encore Gilet Jaune, car dans la France actuelle on a tous une bonne raison de devenir Gilet Jaune.

Le mouvement a rendu au peuple ce qui lui appartenait : les espaces publics. Nous avons occupé dès le premier jour les ronds-points. De cette Assemblée émerge une volonté ferme de les garder, parce qu’ils assurent notre visibilité dans un monde où les médias « traditionnels » boycottent ou décrédibilisent le mouvement. Émerge une réelle volonté d’en faire des lieux de dialogue et de vie.

En ce sens, les Gilets Jaunes de Saint Nazaire ont construit une Maison du Peuple, véritable lieu aux valeurs jaunes.

« La force : c’est les ronds-points. Il faut les tenir et les faire vivre, on a réinventé les places publiques. »

La rencontre de l’autre passe par le dialogue et la nécessité de moyens de communications spécifiques au mouvement (tract, affiches, médias…).

L’AG soutient l’idée d’une plateforme collaborative afin de s’entraider, d’évoluer et de créer des documents communs. Ils permettront la diffusion de l’information et ouvriront le dialogue.

C’est avec des outils que nous gagnerons en crédibilité et que nous pourrons convaincre.

C’est aussi ouvrir la parole à tous à travers des réunions, des tables, des AG, mais aussi des écrits, pour ceux qui n’osent pas prendre la parole en public.

Dans cette dynamique, les Gilets Jaunes de Montreuil ont créé un Cahier de Condoléances au Vieux Monde. Il s’agit de partir d’une page blanche à écrire ensemble pour faire émerger des débats mouvants et à terme de possibles revendications.

La question des quartiers populaires revient à plusieurs reprises. Exclus du système actuel mais premières victimes de celui-ci, ils ne seront pas encore une fois mis de côté ! Dirigeons nos cortèges de manifestations vers eux, ouvrons le dialogue et écoutons les.

Et pour la suite ?

Afin d’arriver à une convergence des luttes, l’AG de Commercy s’est positionnée favorablement à une discussion avec les syndicats pour une grève totale et reconductible à partir du 5 Février.

« Nous marcherons avec eux mais pas pour eux. »

L’idée d’informer et de prendre contact avec les salariés émerge, est évoquée la création possible de comités Gilets Jaunes au sein des entreprises.

Ensuite, la nécessité de poursuivre le travail, entamé ce week-end, en AG nationale est assurée par un vote à majorité absolue. C’est la Maison du Peuple de Saint Nazaire qui accueillera la prochaine AG des AG. La date précise à ce jour n’est pas encore connue.

Plusieurs dates clés ont également été évoquées par l’assemblée : le 2 Février, une journée de solidarité pour les victimes de la répression, la date du Carnaval a également été évoquée, le 31 Mars qui signe la fin de la trêve hivernale et la reprise des expulsions des logements avec éventuellement parmi d’autres idées l’occupation de logements vides. Une date plus lointaine le 25 Août où l’idée de se mobiliser contre le G7, présent à Biarritz, apparaît.

Il est certain que notre mouvement se construit dans la lutte mais il est aussi porteur de rêves : ceux d’une France humaniste.

Grâce à ce mouvement, nous redevenons acteur. Nous nous battons ensemble, nous réfléchissons ensemble, nous élargissons nos visions ensemble. Nous ne sommes plus spectateur de la politique nous créons ensemble la démocratie.

« La démocratie ça s’apprend. »

C’est la construction d’une nouvelle France qui s’amorce, à nous, Gilets Jaunes, de faire de ce rêve une réalité.

L’appel de Commercy a été adopté hier, le 29 janvier 2019, à l’unanimité par l’AG de Montreuil et par l’AG de la Plaine Saint Denis.

Marie-Laure, GJInfo

Gj Info adresse un grand merci aux Gilets Jaunes de Commercy pour leur accueil, leur organisation et leur chaleur humaine.

Nous tenons à remercier tout particulièrement nos hôtes, Jocelyne et son mari, pour la logistique, pour le logement, pour le partage, pour la discussion tardive autour d’un bon thé accompagné de petits gâteaux et pour toutes les petites attentions.

Nous remercions également Claude et Alain pour leur disponibilité, Emmanuel, Lucas, Jonathan et Benoit pour leur précieuse aide technique.

Enfin, nous remercions John qui a rendu cette formidable aventure possible en un message Facebook.

Un compte rendu exhaustif est en cours d’écriture.

Retrouvez l’Appel de l’Assemblée des Assemblée en vidéo :

6 Commentaires

  1. Bravo pour votre mobilisation, le travail que vous avez effectué et le succès de l’assemblée des assemblées. Votre texte commun pose remarquablement le sens du mouvement des gilets jaunes et ouvre la voie à une structuration horizontale qui semble être porteuse de nos espoirs. Merci encore pour le courage, la détermination et la fraternité dont vous faites preuve.

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