Le média vient du latin medium qui signifie « intermédiaire ».

Le terme, apparu dans les années 1960, désigne l’ensemble des moyens  de communication et d’information de masse.

Ils assurent donc le lien entre les faits, les évènements et la population.

En quelques siècles, nous sommes passés d’une presse exclusivement écrite à des moyens audiovisuels assurant une prédominance de l’image sur l’écrit dans lesquels la télévision est aujourd’hui centrale. Au point qu’elle fait partie de la vie courante de la plupart des foyers, c’est devenu le support principal d’information.

Quatrième pouvoir après l’exécutif, le législatif et le judiciaire, les médias jouent un rôle prépondérant dans la vie démocratique du pays et constituent un véritable réseau d’influence au moyen des images, vidéos, et témoignages qu’ils donnent à voir.

Dès lors on peut se poser la question des qualités requises par l’information.

La toute première devrait être la fiabilité de l’information. Il serait important d’avoir une source, à défaut un moyen de vérification.

La fiabilité des médias, info ou intox ?

Prenons l’exemple des comptages de manifestants systématiquement minimisés lors des manifestations.

Il faudrait connaitre le secteur géographique du comptage.

Par exemple, combien de secteurs prennent en compte les chiffres de Paris ? Paris intramuros ? Que deviennent alors les manifestants bloqués volontairement en dehors de la capitale ?  Ne comptent-ils pas ?

Il faudrait connaître aussi la temporalité du comptage. A quel moment est-il réalisé ? Au plus fort de la manifestation ? Au départ ? En fin de mobilisation ?

De plus, la méthodologie de comptage est un élément essentiel. Comment est-elle établie? Et par qui?

En toute logique, en tenant compte de tous les critères (géographiques, temporels, etc) les chiffres devraient sans cesse varier, et cette évolution devrait pouvoir être visible. Nous devrions tous avoir accès à l’ensemble de ces éléments afin de pouvoir les vérifier.

Enfin, vient la question de l’intention. Si nous suivons cet exemple, quel est l’intérêt de ce comptage? A qui profite-t-il s’il est sous-estimé? 

Nous pouvons considérer une information fiable et vérifiable si l’on peut répondre à six questions basiques: Qui ? Quoi ? Où ? Comment ? Pourquoi ? Pour faire quoi ?

Qui donne l’information ? De quoi traite-t-elle ? Où se situe-t-elle ? De quelle façon est-elle présentée ? (selon quel point de vue) Par quoi est-elle causée ? Dans quel but est-elle donnée ?

Si nous suivons l’exemple du comptage, tel qu’il nous est présenté, comme pour la majorité des informations d’ailleurs,  nous ne pouvons pas répondre à l’ensemble de ces questions. Nous parlerons donc de vague estimation. Nous sommes fondés à nous demander si elle est volontairement orientée et en faveur de qui ?

Un « devoir d’information » au service de qui ?

Le devoir d’information des médias doit être de stimuler de manière objective l’esprit critique de chacun.

Une information devrait être traitée systématiquement de deux points de vue foncièrement opposés. Elle devrait présenter les arguments pour et ceux contre afin de donner tous les éléments pour se forger une opinion.

En France, le support d’information principal est la télévision.

Cet objet si commun nous a rendu non plus acteur mais spectateur et, nous l’avons vu plus haut, placés dans l’impossibilité de vérifier en temps réel, la fiabilité des sources de l’information que l’on nous présente. Les médias nous offrent donc un spectacle de grande ampleur avec des images violentes, répétées en boucles, à peine commentées et du choc pour faire le «  buzz  ».

Reprenons l’exemple de notre mouvement et les assimilations faites systématiquement à des images violentes en boucle, ou à des intervenants choisis et parfois humiliés en direct.

Nous avons pu assister à cela lors des manifestations des Gilets Jaunes à Paris où les images données par certaines chaînes sur la mobilisation aux champs Elysées étaient dignes d’une guerre civile.

Pas d’image pacifiste ces jours-là, alors qu’elles auraient dû être majoritaires, à l’image réelle du mouvement, seulement de la violence choc desservie à grande échelle.

L’apothéose fut certainement de montrer la dégradation de l’Arc De Triomphe attribuée aux Gilets Jaunes. A la vue de ces images, nous nous sommes demandés : Comment était-il possible que ces individus aient passé les barrages filtrants avec des armes par destination ? Comment avaient-ils pu accéder à l’Arc de Triomphe ?

N’oublions pas que nous sommes dans une société de l’image et que le choc permet de vendre, de faire parler et ne demande pas de grande réflexion. Dès lors, il ne manque plus que les pop-corns pour suivre la vie sur cet écran à sensations !

Une télévision qui infantilise à outrance, qui asservit, qui donne à voir une seule version des faits, quand elle ne les déforme pas totalement, ouvre la porte à la pensée unique véhiculée par les médias.

Si les médias sont le véhicule de cette pensée unique, qui tient alors le volant ?

Dis moi qui te paye, je te dirai qui tu sers…

En France, la plupart des chaînes de télévision, journaux, radios et magazines sont détenues par des groupes financiers .

Infographie – Le monde diplomatique

Dans cette infographie, sur 37 détenteurs des moyens d’information en France, 17 sont classés au rang des plus grandes fortunes françaises, 2 banques (crédit agricole et crédit mutuel), 3 chaînes nationales (française, allemande et province de liège) ainsi que 15 hommes d’affaires parfois interconnectés avec les 17 premiers.

Cette arborescence pose à elle seule la question de l’indépendance de la presse et des médias en France.

Dès lors, qui l’information doit-elle servir : celui qui la reçoit ou celui qui la donne ? Quand des milliers, millions ou milliards d’euros sont en jeu, l’information peut-elle rester objective ? Les enjeux de ceux qui détiennent les médias sont-ils compatibles avec une information objective, de qualité, qui forme des esprits critiques ?

Asservir la pensée, la rendre unique, empêcher la réflexion peut être un but en soi. Aujourd’hui, le fond n’est plus important car ce qui compte c’est la forme.

Des images brutales créent la peur. La peur enferme et divise.

Lorsque l’émotionnel prend le dessus, il est beaucoup plus facile d’exercer une manipulation.

Si l’on regarde pendant quelques minutes des images terrifiantes (catastrophes naturelles, guerres ou autres) suivies de l’annonce d’une loi en notre défaveur, débitée rapidement, d’un ton neutre, de quoi va-t-on se souvenir ? De quoi tout le monde va parler le lendemain ?

Les débats politiques sont organisés comme des « shows », on n’attribue plus tellement d’idées à des hommes politiques mais plutôt des réactions, des caractères. L’idée en elle-même est évacuée parce qu’elle est dangereuse, elle amène la réflexion…

Les médias jouent sur l’émotionnel : «  j’aime  » ou «  j’aime pas ». Le but n’est pas de convaincre mais de vendre.

Le pouvoir des médias, réel ou imaginaire ?

Dire que Macron a été construit et vendu par les médias pourrait paraître abusif. Mais, regardons de plus près.

Entre 2015 et 2017, 8000 articles lui ont été consacrés simplement dans les journaux suivants : l’Obs, le Monde (Xavier Niel PDG d’Illiad, 13ème fortune française), Libération et l’Express (Patrick Drahi PDG d’Altice, 12ème fortune française).

Selon les médias, il incarne fraîcheur politique, jeunesse et modernité. C’est l’image d’un renouveau dont on a besoin après des années d’austérité. Il faut du changement ! Ce changement ils nous l’amènent et nous le servent sur un plateau doré : Macron.

On nous fait entrer dans son intimité : sa relation avec Brigitte fait sensation (Paris Match, VSD), elle est source de débats. C’est la première fois que l’on entend autant parler d’une future «  première dame  » que de son mari présidentiable. Ils deviennent des personnages «  people  » dont on s’arrache le quotidien.

Les médias introduisent Macron dans nos vies avant même d’annoncer sa candidature à la présidentielle. Présentée comme une candidature spontanée et naturelle, elle est en réalité une conséquence de plusieurs mois de matraquage médiatique.

Le but ? Nous faire oublier un ministre de l’économie ultra-libéral et, dans les faits, peu populaire.

Ils construisent une image sympathique au-delà de ses idéaux discutables, et dans une société de l’image ça fonctionne. Le quatrième pouvoir en marche !

Les médias ne sont donc pas neutres politiquement, leurs dirigeants (des financiers) ont le pouvoir de placer le candidat politique de leur choix: celui qui servira leurs intérêts.

Il n’y aura donc pas de contrepartie présentée ou très peu. Les adversaires du candidat favori seront présents mais décrédibilisés.

Comment ne pas voir que nous sommes dans une dictature médiatique imposée par ceux qui détiennent les pouvoirs (économique et sociaux) ?

Enfin, n’oublions pas que les médias sont devenus un commerce à grande échelle. Grâce à la publicité, les tranches qui, selon les audiences, varient peuvent rapporter plusieurs dizaines de milliers d’euros à la minute voire dépasser la centaine.

Dès lors, on peut affirmer que les médias en France sont dépendants de la finance. Ils doivent donc influer sur la manière de penser du spectateur afin de le pousser à consommer.

Pour l’illustrer une citation traitant du cerveau du spectateur de Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1:  «  Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (…) » .

De l’information à la désinformation…

Nous assistons aujourd’hui à une désinformation de la population insidieuse. Une dictature de la pensée unique imposée par les magnats de la finance dont la seule logique est le profit.

Face à une opposition sociale forte, comme celle des Gilets Jaunes à l’heure actuelle, il n’y a qu’un seul mot d’ordre : décrédibiliser le mouvement.

Le mot «  dégage  » effacé d’une pancarte sur une chaîne nationale, à une heure de grande écoute. On en sourirait presque si ce n’était si grave… Pire, ils nous ont crus assez bête pour ne pas le remarquer. Ce mot effacé est contraire à la liberté d’expression de tout un chacun, effaçant une opposition revendiquée au gouvernement.

Ou pas plus tard qu’hier, l’annonce de mesures présentées comme favorables au mouvement illustrée par une photo montrant des Gilets Jaunes en liesse avec la légende : « après 13 heures de débat, les mesures d’urgence du gouvernement pour répondre à la crise des « gilets jaunes » ont été adoptées ».

Ces mesures ont été votées pendant la nuit, l’article publié à 6h21 du matin.

L’utilisation de cette photo, détournée de son contexte, est tout simplement une manipulation de l’opinion.

Un dernier exemple, le repas de Macron à Courtepaille largement médiatisé afin de nous convaincre que le Président comprend nos préoccupations premières en se mettant à notre niveau. C’est vrai que le temps d’un repas il a abandonné les additions des restaurants parisiens qui tournent autour de 200 euros !

Cette prise alimentaire nécessitait-elle un tel engouement médiatique ?

Il y avait pourtant des sujets bien plus intéressants à soulever, mais qui devaient l’être moins que celle du Président, en temps de crise sociale.

Le pouvoir des médias de plus en plus contesté…

La perte de pouvoir médiatique se fait ressentir, les gens critiquent les médias, ne veulent plus y être confrontés.

Une youtubeuse a mis cela en évidence en se faisant passer pour une journaliste de BFM TV. En gilet jaune, elle est apostrophée par des Gilets Jaunes, qui ne comprend pas pourquoi une jeune femme le lui dit clairement : «  Vous nous faites passer pour des abrutis ! ». Elle est interpelée parce qu’elle représente un rouage de ce système profitant à la finance.

Ce week end encore, lors des différentes manifestations, certains journalistes sont pris à partie voire agressés. Nous ne justifions pas la violence mais entendons la colère d’un système médiatique qui désinforme plus qu’il n’informe.

Face à cela, certains canaux ne souhaitent plus médiatiser les journées gilets jaunes.

La question, ici, ne se pose-t-elle pas à l’envers : si les médias avaient rempli leur fonction d’information fidèle à la réalité, serions nous tombé dans ces extrêmes?

Nous, gilets jaunes, ne méritons-nous pas des excuses de l’ensemble du corps médiatique vis a vis de la minimisation et de la décrédibilisation systématique du mouvement?

Vous, journalistes, n’êtes vous pas, tout comme notre gouvernement, en dehors de nos réalités?

Ils nous pensent bêtes, peu éduqués, ils essayent de faire passer le mouvement pour ce qu’il n’est pas: violent, irréfléchi, désorganisé et sans cause réelle.

Ils refusent de poser les mots sur ce que l’on vit aujourd’hui : un réveil de la population, une convergence des luttes avec des buts communs et l’exigence de les obtenir tout cela dans une opposition frontale à Macron.

Le mouvement s’unifie et s’organise, et ce qui à la base était une revendication économique s’est transformée grâce à une réflexion unifiée en un changement de vision et par conséquent des revendications politiques, économiques et sociales.

Nous ne sommes plus spectateur de notre propre vie mais acteur, continuons à le montrer.

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